La rue des fantômes

February 7, 2013

de Rina Kagawa et Kyoko Imai

 

Il y a, au nord-ouest de Kyôto, une rue commerçante qui s’appelle Daishôgun. Daishôgun vient du nom d’un dieu du temple shinto, Daishôgunhachi jinja, situé dans cette rue commerçante. Pas loin passe le tramway Kitanohakubaichô donc c’est très pratique pour y aller.

Cette rue a d’étroites relations avec les fantômes dit-on, alors on l’appelle «la rue des fantômes» et les commerçants utilisent cette légende pour redonner de l’animation à cette rue. Ils y mènent des actions écologiques comme le recyclage par exemple. Cette rue est très ancienne et n’a presque pas changé depuis l’époque Heian, en794, l’année où Kyôto est devenue la capitale du Japon et quand elle s’appelait Heian Kyô. Bien ou mal, on dit que les fantômes habitent encore cette rue. Si vous croyez aux fantômes vous pourrez les apercevoir.

 

la rue fantôme

Les fantômes «tsukumogami»

Il y a plusieurs sortes de fantômes : les «tsukumogami» sont les plus célèbres et apparaissent dans la rue fantôme. Ils «vivent» dans les vieux outils et animaux. Jadis, les Japonais pensaient que les dieux étaient présents dans toutes les choses de la nature. Par exemple, dans les montagnes, dans les rivières, dans les arbres et dans les étoiles. Les Japonais les redoutaient et les respectaient.

Des gens inventaient et faisaient beaucoup d’outils. Les outils se faisaient avec les choses de la nature. Les gens se servaient du bois des arbres et du sol où les dieux étaient présents et ils façonnaient leurs outils avec émotion. Donc, les Japonais pensaient que les âmes des humains se retrouvaient dans leurs outils. Pour cette raison, dans le passé, les Japonais prenaient soin des outils. Actuellement, c’est différent car aujourd’hui on ne connaît plus cette légende et on ne prend plus guère soin des outils.

Les vieux outils sont nés avec les hommes qui les utilisaient. On dit que les vieux outils se changent en fantômes par une combinaison de la nature et de l’homme.

Ils deviennent des fantômes après cent ans ou quatre-vingt-dix-neuf ans d’utilisation : «tsukumogami» signifie quatre-vingt-dix-neuf et «gami» pour kami qui veut dire dieu. On dit aussi que les fantômes des outils apparaissent quand on n’utilise plus ces outils.

Les gens avaient de l’attachement pour ces fantômes tout en en ayant peur donc, ils sont représentés joliment.

Aujourd’hui, dans la rue, on peut voir des représentations de «tsukumogami» variées.

En voici quelques unes que nous avons vues devant des magasins.

 

tsukumogami représentant une chouette et un renard

Le renard était vénéré comme l’animal protecteur des récoltes du riz depuis des temps immémoriaux au Japon et la chouette porte bonheur. Ils sont vêtus de vêtements usés.

tsukumogami de kappa

Les fantômes tsukogami de kappa porte le nom de fantômes particuliers qui vivent dans les rivières ou les marais.

Les fantômes «hyakkiyakô»

Les fantômes hyakkiyakô proviennent du folklore japonais. Dans un dictionnaire japonais, nous avons trouvé deux significations pour ce mot :

①    fantômes qui se promènent en pleine nuit

②    brigands qui font des farces

Dans le folklore, le sens de hyakkiyakô est le premier sens du dictionnaire. Et ce n’est pas faux car on dit que ces fantômes ont été réellement vus plus d’une fois dans le Kyôto ancien. Il existe des documents sur cette sorte de fantômes dans l’histoire du Japon. Ils «ont assisté» des personnages historiques comme par exemple Seimei Abeno (921-1005) qui était un spécialiste (onmyôji) des forces ésotériques traditionnelles japonaises appelées onmyôdô à l’époque Heian (794-1185) et Takamura Onono (802-853), poète, bureaucrate et érudit japonais du début de la même époque.

La rue de Hyakkiyakô

Le kanji de «ki» dans «hyakkiyakô» peut se lire aussi «oni» en lecture japonaise et «oni» veut dire ogre et vient de «on» qui signifie : les objets que les hommes ne peuvent pas voir, « hyakki », cent ogres et « yakô », la marche nocturne.

«hyakkiyakô» est donc la marche de cent ogres, dont on ne peut pas distinguer les formes, qui passent dans la nuit à des jours fixes, comme le premier jour de l’année par exemple.

Il y a beaucoup de tableaux qui représentent les ogres en marche dans les rues à Kyôto. On trouve les rouleaux de peintures au temple bouddhique «Daitoku ji» les plus vieux et les plus célèbres. Ce sont surtout les «tsukumogami» qui sont représentés.

Près de là aussi, se trouve le grand temple shinto «Kitanotenmangû». Ce temple organise chaque 25 du mois un marché aux puces qui vend des vieux outils.

Bien-sûr, depuis l’époque Heian, les villes ont changé leur configuration mais la rue Hyakkiyakô n’a presque pas changé depuis mille ans, donc elle conserve encore l’atomosphère d’alors.

 

Ainsi, la rue des fantômes subsiste encore aujourd’hui et subsistera dans l’avenir aussi. Les fantômes n’ont pas d’âge !!

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